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Newsletter n°53 du 25 octobre 2013

publié le 30 oct. 2013 à 02:32 par Benoit FLAMA
Vivituri vos salutant !

Le bâtiment flambant neuf regroupe tous les services de cancérologie. Les couloirs s'échappent du grand hall où trône un magnifique piano demie-queue qui remplit parfois l'immense volume de ses harmonies. Sans doute faut-il un peu de rêve pour fuir de temps en temps la lancinante douleur du quotidien, surtout quand elle butte sur l'horizon trop proche de la mort. Pourtant l'hôpital n'est pas des plus tristes, non ! L'architecte a réussi à briser les lignes droites de caserne et les tons d'une décoration chatoyante apportent de la douceur à la gravité des lieux.

Au deuxième étage, un couloir s'enfonce au cœur de l'édifice. C'est le quartier d'hospitalisation dans la durée. Derrière chaque porte, un malade se bat dans l'arène de la vie, armé de ses traitements de chimiothérapie qui le blessent autant que l'adversaire, parfois armé d'une foi vacillante ou plus ferme. Je suis maintenant devant la porte 103. Comment sera-t-il aujourd'hui ? Chaque jour, et même deux fois par jour, je viens le visiter. Depuis de nombreuses années, il lutte contre la maladie, courageusement, avec détermination et tranquillité d'âme tout à la fois. Malade parmi les malades, il est pourtant un peu singulier, comme le poisson rouge en dehors de son bocal, le bon Père F. est moine bénédictin. Homme pieux, bon, joyeux et érudit, je le connais depuis fort longtemps et me suis si souvent entretenu avec lui dans son abbaye bien-aimée. Une vraie complicité amicale et fraternelle nous lie. Elle est aussi filiale de mon côté. Je frappe...
Et lance en entrant : « Ave !... »

Malgré les traits tendus de la souffrance et de l'épuisement, ses lèvres esquissent ce petit sourire familier, un peu taquin. Et de répondre : « Morituri te salutant... ! (Ceux qui vont mourir te saluent) ».

C'est tout lui ; il a l'érudition sympathique. Ce cri des gladiateurs, saluant l'empereur dans l'arène avant le combat... Ma petite expérience hospitalière m'aide à ne pas me démobiliser devant sa réplique et, l'Esprit-Saint aidant, je m'entends dire du tac au tac : « Non, Père ! Viviturus te salutat ! (Celui qui va vivre te salue) ».

Son sourire s'élargit et laisse filer un : « Vous avez raison ! », plein de sa foi profonde. Il sait très bien que ses jours sont comptés. Voici que se découvre l'horizon vers lequel il avait orienté toute sa vie, ancré son espérance. Il meurt trois jours plus tard, moine, c'est-à-dire 'seul', seul avec le Seul, alors que la présence fidèle et délicate de ses frères n'avait jamais manqué. Muni des sacrements et du viatique, provision pour le dernier grand voyage, il tire sa révérence au spectacle de ce monde pour gagner les coulisses d'une gloire et d'une joie incomparablement plus grandes.

Contrairement à ce que dit un texte rabâché ad nauseam dans les sépultures et attribué à tout le monde et n'importe qui : la mort n'est pas rien ! Elle sera notre ultime combat à tous à l'heure que Dieu a disposée depuis toute éternité. Mais il est une force enracinée au plus profond de notre être chrétien : la force de la vie. Car « Dieu n'est pas le Dieu des morts mais des vivants » (Mt 22, 32). Dieu est LE Vivant ! La prière pour nos frères défunts est précédée de la solennité de la Toussaint où nous célébrons la Sainteté de Dieu resplendissant dans la sainteté de Notre-Dame et de tous les élus. Cette victoire de la vie est déjà la nôtre depuis que le Christ est ressuscité. C'est Lui qui aura toujours le dernier mot sur le péché, la souffrance, le mal et la mort. 

Alors, frères et sœurs de CathoFamiLink, courage dans nos combats pour la vie ! Quelle qu'en soit l'issue terrestre, c'est le Seigneur qui parachèvera nos élans de charité ! Comme le disait sainte Jeanne d'Arc : « Nos gens ont mené bataille, c'est le Seigneur qui a donné la victoire ! ». Voilà un beau message à livrer à tous nos frères les hommes : « Vivituri vos salutant ! (Ceux qui vont vivre vous saluent) ».

Je vous souhaite à tous la sainteté. 
A nos malades, la guérison. 
A nos chers défunts, le repos éternel et la joie sans déclin !
Abbé Philippe-Marie


Vie du site

Avec 2300 visites au cours de 30 derniers jours, notre site a retrouvé son rythme de croisière, si l'on peut employer un tel terme en matière d'entraide spirituelle, mais cela cache une forte activité récente puisque depuis mi-septembre 9 nouvelles chaînes de prière ont été mises en place. D'autres ont été naturellement clôturées, et nous en avons aujourd'hui 24 au total, ce qui, je crois, est notre plus fort chiffre. Faut-il s'en vanter? Non: Simplement constater que nous répondons à un réel besoin. Et avec une durée moyenne de consultation de plus de 10' et demie, il ne s'agit pas de tourisme spirituel, que ce soit pour les 974 priants ou pour les autres.

Beaucoup des nouvelles chaînes de prière sont liées plus à des difficultés affectives et à des accidents de la vie qu'à des maladies, ce qui concourt à expliquer le nombre assez restreint de leurs priants: Souvent, la confidentialité interdit d'en faire une publicité très ouverte de la part de ceux qui en ont l'initiative. Et pourtant elles ne sont pas moins importantes que les autres! Sans doute faut-il réfléchir à la meilleure façon de faire prier pour toutes ces situations très délicates à exprimer. Combien de fois, lors des entretiens que, les uns et les autres, nous avons avec les demandeurs de chaînes, sommes-nous amenés à dire: "Telle indication géographique, telle description de la famille, tel terme sont trop précis, et que penserait l'intéressé s'il se reconnaissait? Serait-il d'accord avec cette présentation publique de sa situation personnelle?" Mais comment faire prier dans le vague et l'imprécision? L'équilibre est difficile à trouver. Au fait: Le site dispose d'une rubrique "contact" faite pour recevoir les idées.

Les pages les plus visitées ont été comme de coutume en premier lieu celles des intentions de prière, puis plusieurs des chaînes les plus récentes, où s'intercalent la page des coups de cœur, la Newsletter 19 qui y est liée ainsi que celle des vocations sacerdotales dont la moyenne du temps de consultation (17' 37'') concourt à montrer tout l'intérêt porté à ce qui touche la rubrique des coup de cœur. Les inscriptions les concernant ont tendance à la hausse, avec 74 pour les vocations et 70 pour les familles.

Les intentions de prière ont fait un bond à 2 en moyenne par jour. Nous comptons 8 actions de grâce nouvelles, mais avec une ambiguïté certaine: Plusieurs sont des intentions de prière et non des remerciements, comme si le terme d'action de grâce était aujourd'hui mal compris. 

Vous connaissez mon goût pour la poésie. Je veux vous faire partager comme je peux le bonheur que j'ai eu récemment en chantant en motet d'offertoire  le Cantique de Jean Racine mis en musique par Gabriel Fauré. C'est un texte à la prosodie inhabituelle, avec son alternance d'alexandrins et de décasyllabes. Ce rythme un peu étrange concourt certainement à son charme.

C'est en outre une œuvre qui va chercher loin dans le temps son inspiration spirituelle puisqu'elle est une paraphrase de l'hymne Consors paterni luminis attribuée à Saint Ambroise.

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence :
Divin Sauveur, jette sur nous les yeux.
Répands sur nous le feu de Ta grâce puissante ;
Que tout l'enfer fuie au son de Ta voix ;
Dissipe le sommeil d'une âme languissante
Qui la conduit à l'oubli de Tes lois!
Ô Christ ! sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour Te bénir maintenant rassemblé ;
Reçois les chants qu'il offre à Ta gloire immortelle,
Et de Tes dons qu'il retourne comblé.
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