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Newsletter n°116 du 25 janvier 2019

publié le 29 janv. 2019 à 06:56 par Newsletter CathoFamiLink   [ mis à jour : 29 janv. 2019 à 06:58 ]
Souverain Pontife contre souverains poncifs

30 ans déjà ! 1989. Toute la communauté des séminaristes s'était regroupée autour du poste de télévision. Nous étions stupéfaits, abasourdis, médusés. Cela nous semblait impossible. Toute notre enfance avait été bercée par le mystère du ''rideau de fer''. J'avais imaginé tant de drames dans ces pays de l'ombre, de la peur, des camps, de la délation, du communisme qui devait être un paradis et qui n'avait apporté que l'enfer du totalitarisme, pays des privilèges inouïs de la classe dominante qui prônait pourtant la lutte des classes et l'égalité des citoyens, de la faim et des queues de ravitaillement, de l'escalade de l'armement nucléaire, de la persécution religieuse avec ses cohortes innombrables de martyrs. Chez nous, Soljénitsyne avait soulevé un coin du voile du système concentrationnaire de l'U.R.S.S, le fameux archipel du goulag, sous les quolibets des intellectuels de gauche négationnistes, ''idiots utiles'' du défunt père Lénine. Nous n'en croyions pas nos yeux. L'impensable avait eu lieu. Berlin allait de nouveau être unifiée et les populations des deux côtés de la ville s'embrassaient et détruisaient avec ardeur le mur de la honte. Et nous pensions immédiatement à ce grand pape encore sur le trône de saint Pierre, le vaillant Jean-Paul II qui avait enfoncé un coin dans ce mur lors de son premier et mémorable voyage pontifical dans son pays natal en Pologne. Les images nocturnes des satellites de l'époque divisaient l'Europe en deux : à l'ouest, des spots lumineux brillaient un peu partout, s'agglomérant parfois pour désigner les grandes métropoles ; à l'est, c'était un immense trou noir qui s'étendait jusqu'à la lointaine et fascinante Sibérie. L'empire des ténèbres avait sombré. Après des décennies de souffrance, le miracle était là, devant nos yeux, humides d'émotion et d'étonnement.

Ceux qui sont nés après ont du mal à saisir cette ambiance particulière de guerre froide qui façonnait notre perception des peuples de l'est. Quel changement aujourd'hui ! J'avoue que je craignais que, ivres de liberté nouvelle et de biens matériels dont ils avaient été largement privés, ils ne se ruent sur les paillettes occidentales et soient rongés par cet appétit insatiable de consommation. Ce fut en partie vrai. Cependant, force est de constater que les pays de cette Europe de l'est nous donnent des leçons, même si rien n'est parfait chez eux comme chez nous. Au moins ont-ils pris conscience de l'importance de ne pas sombrer dans un matérialisme forcené en conservant un bel élan spirituel, en retrouvant les racines de la foi, et donc de la civilisation. Alors que nos sociétés occidentales continuent de plonger dans un gouffre libertaire destructeur, les pays de l'est résistent à ce monde sans Dieu, sans foi, sans culture, sans frontière et sans âme. L'athéisme marxiste matérialiste les a peut-être guéris des tentations du matérialisme capitaliste pratique, qui en vient plus sournoisement à ses fins.

Dans notre grand tout confus, de plus en plus indifférencié, où les identités, sexuelle, historique, politique, culturelle, sont vues comme autant de menaces à la mondialisation vénale avec ses profiteurs et à l'individualisme triomphant, nos frères chrétiens de l'est savent mieux que nous combien l'homme peut être écrasé par l'idéologie et réduit à n'être qu'un individu sans valeur, dont les relations avec ses semblables ne sont mues que par la méfiance et l'intérêt, un zombie noyé dans la masse. Les poncifs douceâtres de nos grands médias et des dominants servent la cause d'une oligarchie souveraine de la ''mondialisation heureuse'', qui anesthésie les consciences sous un vernis moralisant faussement présentable. Ne nous y trompons pas : la seule façon de vivre en frères qui s'estiment et se respectent, c'est de reconnaître un seul Père de tous, dont tous tirent leur irréfragable dignité. Le christianisme, plus que jamais, est le seul avenir de l'humanité.

A nous de tirer les leçons du passé et de vivre des grâces de notre baptême pour témoigner devant tous les hommes que seul l'amour brise les murs et les transforme en ponts (cf. Benoît XVI, en Terre Sainte, le 13 mai 2009). Au fond, seul le Christ a brisé le mur de la haine et ne cesse de fabriquer des ponts, Grand Prêtre et Souverain Pontife (Ponti-fex : celui qui fait des ponts) ! Puisse son Règne advenir vite pour qu'Il soit reconnu de tous comme unique trait-d'union des hommes avec Dieu et des hommes entre eux !

Belle et sainte année 2019 !

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