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Newsletter n°119 du 25 avril 2019

publié le 24 mai 2019 à 22:20 par Newsletter CathoFamiLink
Vive la joie... quand même !

Un beau jour d'été, vers l'an 1840, un jeune garçon d'une dizaine d'années fait paître les quelques chèvres familiales sur le coteau de Bel-Air dans la commune de Saint-Loup-sur-Thouet, dans les Deux-Sèvres. Il a apporté avec lui un petit journal qui raconte la vie et le martyre au Tonkin d'un prêtre poitevin de Loudun : Jean-Charles Cornay. Tout enflammé par ce magnifique exemple, sa belle âme n'en peut plus de joie et il s'écrie : « Et moi aussi, je veux aller au Tonkin, et moi aussi je veux être martyr ! ». Orphelin de mère, très attaché à son père, instituteur du village, à sa sœur aînée et ses deux frères, il part pourtant au petit séminaire de Montmorillon puis au grand séminaire de Poitiers. Poursuivant son idée d'enfant, il écrit un jour à son père pour lui annoncer son départ aux Missions Étrangères de Paris. Le vieux père est bouleversé car il sait que cela signifie de ne plus jamais revoir son fils. Tel Abraham, comme il le dit lui-même, il consent à bénir ce fils qui ne lui appartient déjà plus et à le laisser partir vers sa divine destinée. D'abord promis pour la Chine, on l'envoie finalement en dernière minute au Tonkin. Après quelques petites années d'apostolat clandestin et de vie cachée, il est fait prisonnier. Il sait qu'il se prépare au martyre. Depuis sa cage de bambou, il parvient à écrire toute une série de lettres, riches de la foi et de la poésie de son âme qu'il transcrit sur le papier. Il est finalement décapité le 2 février 1861 près de Hanoï.

Ses lettres, publiées après sa mort, connaîtront un rapide succès, notamment auprès d'une certaine Thérèse de Lisieux, carmélite de son état, qui aura dès lors une grande dévotion pour le petit saint martyr. On pourrait s'étonner d'une vie si brève, de tant de préparation pour un si court apostolat, de conditions jamais bonnes pour mener à bien la mission confiée. Saint Théophane Vénard ne se laissait pas déborder par la tristesse. Il avait voulu se choisir une devise pour temps difficiles : Vive la joie... quand même ! 

Il faut dire, qu'à vue humaine, les motifs de tristesse semblent parfois plus nombreux que les motifs de joie. Inutile de dérouler les heurts et malheurs de notre société qui a délibérément oublié Dieu et n'en finit plus d'en subir les désastreuses conséquences en matière morale, sociale, économique et politique. L'homme sans Dieu se prend vite pour Dieu. Au fond, il entretient l'illusion de pouvoir se sauver par lui-même. Et s'il ne trouve rien de quoi se sauver, il marche vers un bonheur factice qui laisse son âme amère et insatisfaite. Au milieu de tout cela, nous pourrions être tentés de désespérer, d'autant plus que la déliquescence morale atteint les membres de l’Église, y compris dans sa hiérarchie. C'est ici que nous devons entrer plus profondément dans la foi.

Il est l'heure de retrouver les fondamentaux de notre foi chrétienne, de puiser à grands traits à la source vivifiante de notre baptême. Le Christ ressuscité au jour de Pâques nous redit avec force que le mal est déjà vaincu. Le Samedi Saint, que vit notre temps, appelle des veilleurs dans l'espérance. En ce long et douloureux samedi, la Vierge Marie portait à Elle seule toute l'espérance de l’Église en gestation. Elle, l'Immaculée, déjà sauvée par la Passion de son Fils, veillait au milieu des disciples pour les encourager à ne pas laisser s'éteindre la petite flamme allumée sur les rives du lac de Tibériade. Dans la rencontre intérieure et silencieuse avec le Seigneur de notre âme, nous posons les jalons d'un renouveau qui vient et qui promet un joli printemps de l’Église.

La pauvreté des moyens et des résultats de la mission aurait pu laisser le jeune missionnaire dans l'amertume et le sentiment d'échec. Il écrit dans une dernière lettre à son frère Eusèbe, qui deviendra prêtre du diocèse de Poitiers : « Tu restes après moi sur la mer de ce monde, naviguant au milieu des écueils. Conduis bien ton navire. Que la prudence soit ton gouvernail, l'humilité ton lest, Dieu ta boussole, Marie Immaculée ton ancre d'espérance. Et malgré les dégoûts et les amertumes qui, comme une mer houleuse, inonderont ton âme, ne laisse jamais submerger ton courage ; mais, comme l'arche de Noé, surnage toujours sur les grandes eaux... » (Lettre à son frère Eusèbe, le 20 janvier 1861). Aujourd'hui, malgré le régime communiste, le Vietnam connaît une explosion de la foi chrétienne et regorge de vocations !

Ce joli mois de mai est cause de bien des promesses : celle du temps pascal qui nous fait célébrer la joie du Christ ressuscité ! Mois de la Vierge Marie en qui nous contemplons la réalisation de ces promesses ! 

Il se peut même qu'une cathédrale qui brûle et est saccagée, devant nos yeux effarés, suscite, par les voies parfois mystérieuses de la providence, un nouvel élan pour une nation qui avait oublié ses racines profondément chrétiennes. Dieu peut toujours tirer un bien d'un mal. N'est-ce pas d'ailleurs le principe même de la Croix ? Alors, chassons la morosité ambiante puisque le Christ ressuscité aura toujours le dernier mot. De toutes façons, vive la joie... quand même !

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