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Newsletter n°77 du 25 octobre 2015

publié le 27 oct. 2015 à 08:56 par Jérôme Moreau   [ mis à jour : 28 oct. 2015 à 00:48 ]
"Si je suis venu dans le monde, c'est pour rendre témoignage à la vérité" (Jn 18, 37)

Je vous écris ces lignes en ce jour des saints martyrs du Canada. Isaac Jogues, Jean de Brébeuf et leurs compagnons ont bravé toutes les difficultés pour annoncer le Christ qui libère à des peuplades autochtones aux mœurs féroces. Depuis le froid mordant de l'hiver glacial des bords du majestueux Saint-Laurent, en passant par les voyages interminables en pirogue dans des paysages à couper le souffle, jusqu'au danger de la confrontation avec des peuplades inconnues aux réactions imprévisibles, ces missionnaires jésuites n'ont rien refusé au Christ et aux âmes pour que s'étende le Règne du Seigneur dans ces contrées alors sauvages et inquiétantes. Isaac Jogues, de retour en France, après avoir été prisonnier des iroquois, traité comme un esclave et atrocement torturé, demande à ses supérieurs de retourner en mission chez les indiens. Il y trouvera le martyre. Dans le terreau de tant de dévouement, de charité sans compter, d'abnégation, va pousser une jolie fleur de la prairie, le « lys des Agniers », sainte Kateri Tekakwitha, magnifique modèle de sainteté dans une culture qui n'entendait pas son désir de consécration totale au Seigneur dans la virginité.

La Nouvelle France a produit une belle cohorte de saints et saintes, tous plus donnés les uns que les autres. Des Marguerite Bourgeoys, François de Laval, André Bessette, Marie-Marguerite d'Youville, Dina Bellanger, Marie de l'Incarnation, Frédéric Janssoone... et de tant d'autres, que reste-t-il aujourd'hui sinon de magnifiques églises et sanctuaires, et des communautés amaigries, minées par le sécularisme, à certains égards plus entreprenant là-bas que dans notre vieille Europe. Et pourtant, des fruits demeurent, souvent cachés, discrets, comme une nappe phréatique qui continue de couler en profondeur, prête à resurgir en temps voulu pour reverdir les déserts desséchés de nos métropoles, saoules de bruit et de clinquant. La vérité trace son chemin avec nous ou malgré nous, parfois même contre nous, car elle est un fleuve impétueux que rien ne peut tarir, rien ne peut faire dévier, rien ne peut assécher. Elle sourd en des lieux périphériques inattendus, jaillit parfois dans les déserts torrides des passions, caresse de sa douceur et de sa calme détermination des esprits suffisants et hautains, inonde de bonheur des âmes enchevêtrées dans les rets de la haine et de la rancœur. Rien ne l'arrête : aucune puissance civile en des pays matraqués par l'idéologie totalitaire comme en Corée du Nord, aucune hégémonie religieuse comme en Arabie où des musulmans se convertissent grâce (pour une fois!) aux bienfaits d'internet.

De tous temps, la bataille rangée contre la Bonne Nouvelle du salut a fait rage. Ne soyons pas surpris qu'elle continue de nos jours. Seule « la vérité nous rendra libres » (Jn 8, 32). Elle ne nous a pas attendus pour toucher les cœurs. Elle nous attend pour que nous soyons ses instruments disponibles dans les mains de la providence. Nul besoin de grands exploits mais le témoignage persévérant de notre joie d'appartenir tout entiers au Christ. La vérité ne s'allie bien qu'à la charité car on ne peut atteindre l'esprit sans toucher le cœur, ni le cœur sans illuminer l'intelligence. A la suite du Maître, le disciple est appelé à rendre témoignage à la vérité. Il sait que le Maître s'identifie à la Vérité (cf. Jn 14, 6) et qu'Il n'est pas toujours reçu (Jn 1, 11). En nous-mêmes parfois, en nos frères chrétiens, la Vérité se heurte aux obstacles de notre orgueil et de nos résistances. Pourtant, Jésus-Christ demeurera à jamais « le seul nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12). Cette espérance nous déborde de toutes parts, d'autant plus ardente qu'elle dépend entièrement de la force intrinsèque de la vérité, portée par la Miséricorde irrésistible du Seigneur.

Le dernier mot reviendra forcément au Verbe chair, dans le sein de Marie et pour l'éternité !

Abbé Philippe-Marie


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