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Newsletter n°78 du 25 novembre 2015

publié le 26 nov. 2015 à 00:12 par Jérôme Moreau
"Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c'est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte" (Rm 12, 1)

Il sait la valeur de son adversaire et en mesure les points forts, non moins que les failles. Dans le combat, il veille à se protéger du formidable et redouté coup droit du champion qu'il affronte. Et soudain, il est surpris par son gauche qui l'envoie au tapis. Tout se brouille dans sa tête. Sonné, groggy, il entend le décompte de l'arbitre qui égrène les secondes. Faire l'effort de se relever alors qu'il ressent la terrible douleur de sa pommette tuméfiée ? A quoi bon reprendre la lutte... Il ne se sent plus d'attaque. Et les secondes passent. Il faut se décider. Il se sent humilié de s'être laissé surprendre. Il songe à ceux qui croient en son talent, à toutes ces heures d'entraînement et de sacrifice, à ce titre qui lui échappe bêtement. Jaillissement de fierté, sursaut d'orgueil, le voici debout, prêt à relever le défi...

Notre patrie est un peu comme ce boxeur K.O. Elle n'avait pas mesuré l'ampleur du danger, ou avait négligé d'y prêter plus d'attention. Il est trop tard pour les victimes et leurs familles. L'heure du courage et de la détermination a sonné pour nous tous.

Cette semaine, j'ai eu l'occasion de déjeuner avec un couple de paroissiens que je ne connaissais que de vue. Dans la conversation, la dame me raconte qu'elle a été elle-même victime d'un attentat. Jeune fille de 25 ans, en stage linguistique en Irlande du Nord, elle marchait dans la rue lorsque une bombe explosa à proximité, tuant son amie étudiante qui marchait à ses côtés. Elle se mit à courir par réflexe et, récupérée par des passants, fut amenée dans une pharmacie toute proche. Artère fémorale ouverte, elle géra elle-même ses propres soins, demandant le nécessaire pour poser un garrot. Puis ce furent trois opérations et le sentiment toujours présent de vivre en rescapée. Ce qui m'a frappé dans ce récit, c'est l'extraordinaire instinct de survie manifesté dans cette circonstance inattendue, décuplant les forces et développant une claire intelligence de la situation pour y faire face. Plus encore, à mesure qu'elle racontait cet épisode tragique et émouvant, je fus frappé de constater que jamais n'apparut un seul mot d'amertume, aucun mouvement de haine, ni même un reproche aux terroristes. Je le lui fis remarquer. Elle répondit tranquillement que c'était bien là ce qui correspondait à sa disposition intérieure.

Ce témoignage inattendu et autorisé invite à une attitude chrétienne faite de réalisme et de miséricorde. La haine est plus facile que la charité. Compassion pour le pécheur, rejet déterminé du péché : telle est la vérité évangélique. Compassion pour le fanatique, dénonciation impitoyable du fanatisme. Ceux qui tuent au nom de Dieu visent notre Occident où, trop souvent, on cherche à tuer Dieu dans l'illusion de la liberté de l'homme sans Dieu, homme pourtant esclave du matérialisme, de ses passions et de sa trompeuse auto-détermination. Comme chrétiens, nous sommes d'autant plus poussés à témoigner de la joie qui nous fait vivre. C'est là le meilleur service que nous pouvons rendre à notre société qui se cherche en cette période de troubles.

J'ai été surpris de rencontrer ces jours des groupes de jeunes gênés par la perspective d'utiliser la force contre les ennemis. La conscience morale des fidèles est-elle parfois à ce point déformée ? Citons le Catéchisme de l'Eglise Catholique : « L'amour envers soi-même demeure un principe fondamental de la moralité. Il est donc légitime de faire respecter son propre droit à la vie. Qui défend sa vie n'est pas coupable d'homicide même s'il est contraint de porter à son agresseur un coup mortel » (n° 2264). C'est également vrai, et plus encore dans la défense de son prochain. Et au niveau de l'Etat : « En plus d'un droit, la légitime défense peut être non seulement un droit, mais un devoir grave pour qui est responsable de la vie d'autrui. La défense du bien commun exige que l'on mette l'injuste agresseur hors d'état de nuire. A ce titre, les détenteurs légitimes de l'autorité ont le droit de recourir même aux armes pour repousser les agresseurs de la communauté civile confiée à leur responsabilité » (n° 2265). Ainsi le chrétien ne doit pas se revêtir d'un faux irénisme dangereux et irresponsable, tout en veillant à une réplique proportionnée, à la compassion et à la prière pour les ennemis.

Il est l'heure de montrer le vrai visage de notre Dieu à notre monde en folie. Avant que l'on nous vole notre vie à l'improviste d'une terrasse de café, d'une salle de concert et, qui sait, d'une célébration dans une église, engageons-la résolument dans le chemin de la sainteté et du témoignage, déjà offerte en sacrifice qui plaise à Dieu et contribue au salut de notre prochain. Nos frères chrétiens d'Orient nous montrent le chemin depuis de nombreuses années. Que Notre-Dame, Mère de Miséricorde, nous y aide puissamment avec douceur !

Abbé Philippe-Marie


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