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Newsletter n°88 du 25 septembre 2016

publié le 3 oct. 2016 à 12:08 par Jérôme Moreau   [ mis à jour : 3 oct. 2016 à 12:13 ]
"Le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre" (1R 19,11)... Quoique... !

La province d'Ancône en Italie nous accueille avec son relief montagneux qui décline en collines généreuses pour se jeter dans la Mer Adriatique. Ce mardi 23 août est lourd d'un soleil de plomb. Nous avons quitté l'autoroute côtière pour des lacets invisibles qui pénètrent le pays. Les crêtes masquent l'horizon et les vallons nous ouvrent régulièrement en clin d’œil la vue vers la mer. A quelques encablures, la petite cité de Lorette est fière de présenter sa basilique à coupole. C'est là, enchâssée dans ce noble écrin, que les pèlerins du monde entier viennent vénérer la Santa Casa, la maison de la Vierge, tel un saint Louis-Marie Grignion de Montfort jadis, et tant d'autres. C'est bien la vraie maison, transportée par les anges au moyen-âge en ce coin de terre béni. En fait d'anges, la famille De Angelis la fit venir de Palestine au temps des croisés. D'aucuns argumenteront sur la grotte vénérée à Nazareth comme le lieu authentifié de la maison de la Vierge où Elle reçut la visite de l'ange Gabriel. C'est incontestable mais pas incompatible. Les habitations du petit village de la Sainte Famille étaient le plus souvent semi-troglodytiques. Devant la grotte, était construite une autre pièce. C'est cette avancée bâtie qui a été démontée et reconstituée à Lorette. Et, de fait, des analyses de la terre et de la pierre montrent qu'elles proviennent bien du village de Galilée.

L'arrivée tardive ne nous permet pas une première visite vespérale au sanctuaire. Les pèlerins s'installent dans les logements pour une nuit réparatrice dans la joyeuse perspective de prier le matin dans le lieu où il est inscrit, à l'instar de la grotte de Nazareth : « Et Verbum HIC factum est ! Et le Verbe ICI s'est fait chair ! ». 3h40... un grondement sourd, un peu semblable à une rame de métro parisien, me réveille. La surprise passée, je m'aperçois que mon lit bouge dans tous les sens. Des craquements sourds trahissent la souffrance de la structure du bâtiment, torturé par le mouvement de torsion. Les secondes semblent des minutes. Je réalise qu'un tremblement de terre menace de faire écrouler l'hôtellerie s'il devait se prolonger. Je me souviens que nous sommes sur une zone sismique à risques, bien que mon séjour romain prolongé ne m'ait jamais donné de vivre cette expérience effrayante. Puis tout se calme... D'un coup ! Des alarmes résonnent. Des chiens aboient. Puis quelques sirènes de pompiers déchirent le silence de la nuit. Je me lève pour ouvrir les volets et constate avec soulagement que la ville est intacte. Je peine à me rendormir, m'attendant à une réplique. Elle vient en effet vers 4h30, moins forte mais encore relativement violente.

Le petit-déjeuner se passe dans l'échange des impressions des uns et des autres. L'épicentre était à 110 kilomètres. Toute la journée, nos prières sont orientées vers les victimes des villes et villages les plus touchés, décédées ou coincées dans les décombres. En route vers Bologne, nous croisons sans cesse des convois de pompiers, de l'armée et de la protection civile, se dirigeant vers le sud avec des bulldozers et des engins de chantier. Nous prenons conscience de la fragilité humaine et comment nos vies auraient pu basculer en une fraction de seconde si nous nous étions seulement trouvés un peu plus près de l'épicentre.

Quand Élie vint à la rencontre de Dieu sur le Mont Horeb, « il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre » (1R 19, 11). Les secousses telluriques terrifiantes sont souvent un signe de fins dernières, forces incontrôlées d'une nature qui semble rejoindre le chaos et entraîner les hommes avec elle. Dieu n'est pas dans le tremblement de terre mais se révèle ensuite dans la douceur et « le murmure d'une brise légère » (1R 19, 12). Comme si les éléments déchaînés invitaient l'homme à prendre la mesure de sa petitesse et de sa faiblesse pour mieux rencontrer Celui qui est le Maître du monde. Notre vie est dans sa main et à tout moment il peut nous être demandé d'en rendre compte.

Au final, tout est grâce. Alors que nous courons vers le but à atteindre, telles les femmes vers le tombeau au matin de Pâques, un tremblement de terre peut nous surprendre (cf. Mt 28, 2), comme le signe avant-coureur de la lumière du Ressuscité !

Abbé Philippe-Marie



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