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Newsletter n°92 du 25 janvier 2017

publié le 25 janv. 2017 à 00:36 par Jérôme Moreau   [ mis à jour : 25 janv. 2017 à 00:37 ]
Catéchisme républicain

Chers amis de CathoFamiLink,

En cette nouvelle année, que je vous souhaite riche de grâces, j'aimerais vous rapporter un petit souvenir personnel : une fessée mémorable ! Alors que je faisais, à l'âge de l'innocence pas toujours si innocente, une bêtise de gosse dont je ne me rappelle d'ailleurs pas vraiment la teneur, je mis en colère ma pauvre grand-mère qui me donna une fessée d'anthologie. Veuve avec 6 enfants, de 12 ans à quelques mois, elle avait tenu, seule, la ferme familiale dans une abnégation de tous les instants et une grande affection pour ses enfants, cherchant à leur donner le meilleur. Ce jour-là, excédée sans doute par ma malice bien peu évangélique, si calme et douce habituellement, elle n'y avait pas tenu. C'était en 71... non, plutôt en 17, car je me souviens que la loi républicaine interdisant la fessée venait d'être votée. Dans ma candeur, je racontai l'aventure à l'école. La maîtresse, bonne citoyenne, fit son devoir. Dès le lendemain, les gendarmes se présentaient chez ma grand-mère pour l'emmener en garde à vue. Elle écopa un mois de prison ferme et une obligation de soins psychologiques.

Je me souviens surtout de la fierté de mes parents qui me félicitèrent chaleureusement d'avoir fait reculer ces pratiques d'un autre âge, cette violence intolérable et une vision totalement ringarde de l'éducation. A la même époque, un débat sur LCI voyait un des deux protagonistes quitter le plateau, dénonçant son adversaire comme fasciste, car il avait osé suggérer que l’État pourrait peut-être laisser la responsabilité éducative aux parents. En tout cas, les déséquilibrés violents, les déjantés du martinet et les psychopathes, qui avaient le malheur d'être parents, n'avaient plus qu'à bien se tenir, car la loi veillait. On faillit même me donner la légion d'honneur, dans la même promotion qu'un bon prince saoudien, pour service rendu à la patrie... euh, à la République, voulais-je dire ; mais il faut bien avouer qu'il ne convenait pas que l'enfant-roi puisse recevoir cette haute distinction républicaine. L'enfant-tyran de demain aura-t-il cet honneur ?

Ceci dit, avec le recul, je ne me satisfaisais pas de la juste sentence, infligée à cette grand-mère emportée. Il devait bien y avoir une raison. J'entrepris donc une enquête en émettant des hypothèses. Hétérosexuelle convaincue, aurait-elle cédé à une pulsion de haine contre le même ? L'hypothèse ne tenait pas puisqu'elle avait corrigé un petit-fils, mâle par définition – il semble avéré qu'il avait en tout état de cause choisi la masculinité comme chemin de vie -. Peut-être avait-elle vécu la frustration de ne pas avoir pu avorter à une époque où ce n'était pas encore un droit de l'homme, et pas plus de la femme ? Cet acquis libérateur du droit contemporain la renvoyait-il à une souffrance non exprimée ? Je me demandai même si elle n'était pas musulmane. Mais l'argument ne tenait pas, tant l'Islam a contribué à la civilisation européenne, fondée dans le bel exemple du prophète et la culture de paix enracinée dans ses origines. Non, décidément, je ne trouvais pas d'explication logique jusqu'au moment où je sus qu'elle était catholique. Tout semblait s'éclairer, mais je ne voulais pas tomber dans la caricature.

Il fallut donc scruter les sources du christianisme pour mieux comprendre. Je découvris un passage intéressant du chapitre 15 de l'évangile d'un certain Luc, que je vous rapporte de mémoire. Il s'agit d'une histoire racontée par Jésus. Un homme avait un fils qui désirait recevoir son héritage sans attendre le trépas du paternel. Quoi de plus normal puisque les parents sont là pour le bien des enfants. L'homme ne l'entendait pas de cette oreille et chassa le chérubin entreprenant avec pertes et fracas. Le jeune homme, dépité, s'en alla se consoler chez quelque amie consentante et dans les salles de shoot, généreusement financées par les pouvoirs publics pour les jeunes victimes comme lui. Obligé de travailler à des emplois avilissants, il se ravisa et décida de faire valoir ses droits auprès de son père. Il revint donc, bien décidé à en découdre. Et là, miraculeusement peut-on dire, le père se repentit, se mit à genoux devant le fils et lui demanda sa clémence, promettant de lui accorder tout ce qu'il voudrait. Quant au benêt de fils aîné qui était resté fidèle toute sa vie, les serviteurs du père vinrent à sa rencontre pour lui annoncer le retour de son frère et le changement d'attitude du père. Une lecture spirituelle allégorique autorise à interpréter leur intervention comme une sorte de cellule psychologique mise en place pour l'aider à passer ce cap difficile et à prendre conscience de ses droits refoulés. Conclusion : le fils quémandeur était bien dans son droit et ma grand-mère, répressive, avait sans doute été victime d'une mauvaise lecture de la Bible, portée par une Église Catholique sclérosée et incapable de se remettre en cause, impuissante à se dégager d'une interprétation littéraliste mettant en exergue la toute-puissance du père. La violence n'était finalement peut-être pas inhérente au catholicisme mais à une mauvaise interprétation de ses sources.

Du coup, je changeai d'avis à propos d'un projet de Comité républicain pour faire condamner la Bible comme livre subversif. Une analyse contextualisée et symbolique des textes pouvait la rendre, à l'instar du Coran, républicompatible : la Genèse n'était plus une présentation d'un seul modèle familial (Gn 1-2), Sodome et Gomorrhe ne sont pas ce qu'on croyait (Lv 18, 22 ; Rm 1, 24-27 ; 1Co 6, 9-10...), etc. Quant au sujet qui nous intéresse plus directement, il convient de ne voir qu'une invitation à la négociation avec la progéniture, comme le rapportent les Proverbes : « Corrige ton fils tant qu'il y a de l'espoir ; mais ne t'emporte pas jusqu'à causer sa mort » (19, 18), et encore, la baguette devant être vue comme celle du chef d'orchestre : « N'hésite pas à corriger ton garçon, il ne va pas mourir pour des coups de baguette ! Toi, par des coups de baguette, c'est de la tombe que tu le sauveras ! » (23, 14). Je compris dès lors qu'il ne faut pas s'arrêter à ses a priori et toujours plus approfondir pour comprendre les raisons des choses sous l'éclairage moral de notre bonne loi républicaine.

Commercez et jouissez tranquillement, citoyens, les grands prêtres (et prêtresses) des valeurs de la République veillent sur votre probité morale ! Vous saurez sûrement les en remercier en leur apportant vos voix lors des scrutins démocratiques à venir.

Et comme on le chantait autrefois : Deus salvam fac rempublicam... au sens le plus général du mot, s'entend !

Abbé Philippe-Marie

PS. « Le rire, la moquerie, la dérision, sont des entreprises de purification, de déblaiement, ils préparent des salubrités futures » (Romain Gary). Vous l'avez compris, rien n'est vrai de cette histoire, sinon la fessée qui en est le prétexte. Plein de reconnaissance et d'admiration, je demande bien pardon à ma chère grand-mère au ciel, que je vénère comme une sainte, modèle de foi et de charité, exemple de courage et de bonté !
L'absurde comme conséquence des principes en vigueur, voilà ce qu'il faut dévoiler. Car le glissement sournois des repères moraux vers un humanisme (déshumanisé) bon teint sans Dieu, finit même par atteindre les chrétiens. Nous n'avons pas le droit de nous voir confisquer la vérité, et le droit de la dire. « Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le " mystère d’iniquité " sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la vérité. L’imposture religieuse suprême est celle de l’Anti-Christ, c’est-à-dire celle d’un pseudo-messianisme où l’homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair » (Catéchisme de l'Eglise Catholique, n° 675).

Vie du site

En ce début d'année, la vie de notre site pourrait-elle se traduire par quelques chiffres de 2016? Essayons: 8300 connexions, 24000 pages visitées, 1 minute 3/4 par visite, une bonne vingtaine de chaînes de prières (dont 4 nouvelles) servies par 950 priants, près de 400 intentions de prière et une petite trentaine d'actions de grâce…

Ces données, toutefois, ne valent que ce que vaut leur contenu, et comme toute l'équipe de CathoFamiLink je suis souvent très ému par les textes que vous nous envoyez: demandes de chaînes de prières, intentions présentées… mais aussi grâces obtenues et bonnes nouvelles de malades qui sont sources de belles et lumineuses émotions.

Mais les vœux pour l'an neuf dépassent un bilan de l'année écoulée. Il est de coutume de se souhaiter réciproquement une bonne santé. C'est tellement habituel que cela perd parfois un peu de son sens. Chez nous, c'est différent car c'est bien souvent pour la santé que nous prions les uns pour les autres, et la santé que nous souhaitons se situe toujours sous le regard et dans la volonté de Dieu, ce qui nous permet à tous d'aller très haut dans nos vœux de bonheur. Aussi me suis-je permis de terminer ce petit mot par les derniers vers d'un poème de circonstance :

… Mais respectons au mieux le sens de la nature :
Allons chercher plus haut notre boisson future
Car surtout la vraie source infinie du bonheur
Pour s'écouler vers nous se tient dans la hauteur.
Ce vrai bonheur existe. Il faut qu'on le souhaite :
Que du Seigneur Jésus la volonté soit faite.
La seule chose à dire avec honnêteté,
C'est qu'il n'est qu'un seul vœu: celui de sainteté.
Ne tergiversons point, exprimons-le sans crainte :
A chacun souhaitons une année bonne et sainte.

Dominique



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